Doit-on fêter certaines réalisations de la CCAS au bout de 40 ans ou 50 ans ?

Puisque les réalisations de la CCAS tombent dans l’oubli, il est important de les rappeler !
Souvenirs du temps où les Œuvres Sociales du personnel des Industries Electrique et Gazière étaient Nationalisées… Souvenirs pour les agents en inactivité de service, pour les agents embauchés depuis 2002, puis les jeunes d’ERDF, ENEDIS, ENGIE, etc…
1964 est la date de la reprise de la gestion unitaire par les 4 organisations représentatives : CGT, FO, UNCM, CFTC (la CFDT ayant fait la scission au 2ème semestre 1966).
René Leguen était président jusqu’en 1971 et Robert Gaillard comme vice-Président, puis Pierre Rumeau. Sous son impulsion, de grands chantiers furent engagés : Marinca-Porticcio, Super Besse, villages de toiles, colonies d’enfants, bungalows, maisons de retraites, maisons familiales, centres médicaux, centre d’accueil pour handicapés, centre d’accueil pour orphelins d’agents EDF-GDF, etc.…
Il y a 50 ans, Super Besse, 500 lits, ouvrait pour les vacances de Noël 1968. J’étais responsable des affectations familiales. 15 jours avant l’ouverture, la Directrice Mlle Le Buffle, informait qu’à cause de la neige (si, si, il y a de la neige à Super Besse) elle ne pourrait accueillir que 250 personnes, les camions de matériels ne pouvant monter de Besse à Super Besse. Je fus informé de « sortir » et de réaffecter 250 inscrits dans tous les hôtels alentours, réservés par les responsables du terrain. Ce qui fut fait avec mon équipe et avec des informations aux CAS, SNCF, etc. Par la suite ce centre fêta ses 10, 20, 30 ans.
Il y a 50 ans, en 1968 : création des « Séjours longs d’hiver », pour les inactifs, veuves, veufs, ou en situation précaire, morale, pécuniaire… Responsable des affectations, il me fut demandé de mettre sur pied le processus des inscriptions avec en retour les dossiers confidentiels concernant l’enquête médicale, l’avis des CM_CAS, le tout que je soumettais au Président de la commission, Emile Petit, aux représentants des 4 Fédérations et au docteur Guedeney. Pour chaque cas, la commission déterminait le lieu de séjour, la durée (de 1 à 4 mois). Aujourd’hui, cela se nomme : Séjours bleus, Vacances Aînés 2018.

Il y a 50 ans, René Leguen, me demanda d’organiser des transports bateau vers la Corse, permettant aux électriciens et gaziers de faciliter leur arrivée à Ajaccio, car s’ouvrait le nouveau complexe familial de 1.000 lits, bungalows, village de toiles, de Marinca-Porticcio. Avec la CGT-M (Cie Gale Transatlantique – Méditerranéenne) intéressée par le transport de 250 personnes + voitures, par semaine, j’obtins un certain nombre de places réservées à nos collègues à partir de Marseille (d’autres prenant l’avion, ou partant de Nice). Aurait-il fallu marquer cette réalisation d’importance, et la faire connaître au travers du journal de la CCAS ?

Il y a 40 ans : le naufrage de l’AMOCO-CADIZ, 400 km de côte bretonne souillée. A 7h00 du matin, le 28 mars 1978, le directeur de la CCAS, André Florence, entre dans mon bureau « viens, il faut vider nos colonies réquisitionnées par les préfets, pour y loger l’armée chargée de nettoyer les côtes du Finistère et des Côtes d’Armor. » Ceci à moins de 15 jours des vacances scolaires de printemps… Comme d’habitude, avec toute mon équipe, la Délégation Régionale Bretagne, et toutes les CAS, ce fut fait, la SNCF nationalisée fut très compréhensible et coopérante. Cette même année fut organisée les « Portes ouvertes » de Morgat, hôtel acheté, les pieds en bord de mer et transformé pour nos collègues en maison familiale.
Question personnelle. 50 ou 40 ans, quelle importance y a-t-il de rappeler ce que fut la CCAS pionnière, où tout était à créer, à améliorer avec le soutien des 110 CAS (69 CMCAS maintenant…) et des militants, dont certains anciens résistants, déportés, et jeunes embauchés enthousiasmés de construire un bel avenir pour nos anciens et nos enfants ?
Fils d’agent, ayant connu Marcel Paul, la Nationalisation, la matraque des CRS au 22 rue de Calais en 1951, monté la garde au 213 et au domicile de Monsieur Paul en 1961-62.
J’ai 85 ans et je suis dubitatif quant à l’avenir des jeunes agents et leurs enfants, et à l’avenir de nos Œuvres Sociales !!! Quant à mon avenir je le connais.
Claude SERREAU, bénéficiaire de la CMCAS
Porcheville, ma centrale EDF : un demi-siècle d’histoire sociale

Avec la fermeture de la centrale fuel de Porcheville, c’est un demi-siècle d’histoire de production énergétique qui disparaît du paysage mantais. Des histoires, le personnel et les organisations syndicales en ont beaucoup à raconter : du côté social, de la défense du service public et de l’emploi, de la lutte contre les discriminations, de solidarité avec les salariés prestataires et même de solidarité internationale !

L’histoire de la centrale de Porcheville jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classe ! Longtemps qualifiée de village gaulois, la centrale Fioul et son personnel ont marqué la région du sceau de nombreuses luttes. Défense du service public, contre la privatisation, conditions de travail, emplois, préservation du site face aux projets des directions de fermeture ou de réduction d’activité. Certaines années ont eu une résonance particulière : 1982 contre le retrait d’exploitation d’un des quatre groupes de production, 1993 contre la fermeture de la moitié du site, décembre 95 pour la protection sociale, printemps de l’énergie des années 2000 contre la privatisation, 2003-2010 pour les retraites. Les nombreuses luttes pour la sauvegarde du site et pour l’emploi dans l’intérêt de la région mantaise en lien avec les prestataires, la population et les élus locaux.

Valene
Qui se souvient de l’immense bagarre menée par les salariés avec le soutien de nombreux élues locaux en faveur de l’implantation d’une usine d’incinération des ordures ménagères sur le site de l’ancienne centrale charbon ? Années 90, la construction de ce type d’usine de traitement est en projet et répond à un besoin. Les agents le défendent sur tous les tableaux (environnementaux, économiques, sociaux, techniques…) Ils revendiquent son implantation sur les terrains de l’ancienne centrale charbon et sa construction et son exploitation par EDF (forte d’une expérience en la matière avec sa filiale TIRU Traitement Industriel des Résidus Urbains) avec du personnel sous statut EDF. Finalement c’est le groupe CGE (Véolia) qui sera choisi et l’usine verra le jour en face de la centrale à Guerville. Quand on connaît les déboires de cette usine récemment fermée, on peut se demander si les agents n’avaient pas raison dans son choix de confier le projet au service public EDF ! Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les salariés de la centrale se mettrons aux cotés des salariés de Valene plutôt qu’en concurrence avec eux.

Décembre 95
Sûrement le mois de luttes le plus intense de toute l’histoire de la centrale occupée 24/24 par les salariés avec piquet de grève comme en 36. La production maintenue à zéro, une prise en charge collective des installations, de la gestion de la lutte et de l’organisation, une situation quasi insurrectionnelle ! Exacerbée, la direction assigne 4 militants en référé au TGI de Versailles et demande la levée du piquet de grève sous astreinte financière. La justice donnera raison aux grévistes : piquet de grève et arrêt de la production sont reconnus comme étant conformes à l’exercice du droit de grève ! En rage, la direction se vengera en sanctionnant en interne plusieurs militants traduits en commission de discipline. Finalement la justice exigera la levée des sanctions confirmant les droits des grévistes.

Polonais
En 2005 -2006 à l’occasion du gros chantier de rénovation d’une chaudière, une quarantaine de chaudronniers polonais de l’entreprise ZREW interviennent en tant que sous traitant d’Alstom, retenu par EDF. Les salariés polonais sont sous payés et surexploités, entassés dans des logements sociaux où ils dorment à même le sol sur des matelas de fortune. Révélation d’un véritable scandale de dumping social organisé ! Une action en justice est engagée avec un des salariés polonais. Dans son verdict la justice décide que le droit social français s’applique, la société polonaise est condamnée à payer les rappels de salaires. C’est une victoire pour tous les salariés de la sous-traitance, une victoire contre le dumping social et contre les tenants de l’Europe libérale qui ne pensent qu’à niveler par le bas les acquis sociaux.

Harcèlement
Suite à l’affaire Weinstein, la parole se libère au sujet du harcèlement moral et sexuel que subissent les femmes y compris dans l’entreprise. Mais ce ne fut pas toujours le cas, et il aura fallu beaucoup de courage à une salariée du site il y a quelques années pour se confier au CHSCT afin de dénoncer les agissements de harcèlement moral et sexuel perpétrés par un cadre de la centrale. Plusieurs autres femmes se confieront également. Les élus au CHSCT informent la direction qui saisit l’inspection du travail dont les conclusions de l’enquête confirmeront les agissements. Le cadre sera éloigné du site par mutation mais ne passera même pas en commission de discipline (contrairement aux grévistes de décembre 95!). La principale victime obtient réparation aux Prud’hommes, mais il lui faudra attendre des années pour être enfin reclassée dans un poste et un emploi lui permettant de reprendre sereinement son activité.

Amiante
Trop longtemps, l’état, les pouvoirs publics ont capitulé face aux lobbys de l’amiante. Trop longtemps les directions EDF ont négligé la protection des salariés ou ont nié l’exposition à ce matériau. Trop longtemps nous avons eu à nous confronter à des managers locaux qui priorisaient la rentabilité et la rapidité plutôt que la protection du salarié sur le chantier. De nombreux collègues de la centrale sont empoisonnés et subissent la maladie, un de nos collègues est décédé en 2005 des suites de la maladie, à l’âge de 53 ans. De nombreuses demandes en justice ont permis d’obtenir réparation mais elles ne remplaceront jamais la perte de la santé ou celle d’un être cher. Cela doit nous guider dans nos réflexions sur d’autres produits dangereux actuellement dont on tente de nous faire croire qu’ils ne le sont pas !

Des agents de Porcheville

À Propos dacunhap